POINT BLANK

Bonjour,

ce film rapporte une obsession. Autour de laquelle tourne un homme. Lee Marvin, au sommet de sa minéralité. Les yeux pincés, la trogne en carton-pâte, les épaules voûtées, le geste rare et brusque. Trahi. Par son épouse, son meilleur ami, ses idéaux - d'une vie à trois sans intrusion de circonstances extérieures. Rassemblé sur une idée fixe. Récupérer son argent. Et avec lui, peut-être, sa dignité, son humanité, un respect de soi perdu trop brutalement. Planqué dans un angle mort, il fera irruption dans la mécanique bien huilée d'une organisation criminelle au sein de laquelle il propagera un vent irrationnel de panique jusqu'à l'implosion finale. Mise en scène selon des cadrages qui échappent aux logiques qui prévalaient jusqu'alors, éclairée par une lumière que l'on dirait nocturne même en plein jour, traversée en pointillés par la présence d'une Angie Dickinson toujours convaincante en jolie boxeuse mise au tapis, cette histoire de chute et de rédemption par l'accumulation de cadavres, de sanctification de l'argent non plus comme objet mais comme raison d'être, a inventé un sous-genre. Le film noir late 60's. Sur fond de free soul, de plongées et de contre-plongées, de scénarios profus et complexes prétextes à une débauche de lumières troubles, d'attitudes équivoques, de revirements de situation, de personnages contraints à des remises en question, mais avant tout, à une exploration d'univers urbains théâtralisés à l'extrême et mis au centre du débat, la ville devenant le seul vrai protagoniste, le coeur d'un sujet au sein duquel les humains se débattent sans échappatoire possible. Une théorie du film interlope qui prendra ses aises dans les années 70, avec quelques highlights dont La Cité des dangers d'Aldrich, avec Burt reynolds et Catherine Deneuve, en 1975 et un point d'orgue symbolisé par La Corde raide, dernière émanation du genre en 1984, avec Geneviève Bujold et Clint Eastwood, dirigé par Richard Tuggle sous haute juridiction eastwoodienne.

Mis en images par une des nombreuses incarnations de John Boorman, certes pas son avatar le plus solaire, le Point de non-retour est disponible en visionnage à la demande sur OCS en ce moment.

Merci de votre attention